Comment fonctionne le système politique en Corée du Nord ?

Article actualisé le 3 décembre 2016.

Comme vous l’avez sans doute entendu, la Corée du Nord refait des siennes avec le lancement de ce qui semblerait être un missile à longue portée. On pourrait refaire un discours habituel sur ce qui pousse le pays à faire cela, sur sa place dans les relations internationales, etc. Or cela a été vu et revu, et à part se répéter, cela ne servirait sans doute pas à grand-chose. Il serait plus intéressant de se pencher sur le fonctionnement des institutions en Corée du Nord, de façon à comprendre à quel point ce régime est un régime dictatorial, fermé, et qui ferait presque passer la Chine pour un pays en voie de démocratisation. Comprendre le système politique nord-coréen permettrait peut-être de comprendre pourquoi la Corée du Nord est aussi belliqueuse, sans qu’aucune réaction dans le pays ne se produise. Penchons-nous donc sur la politique en Corée du Nord, sujet de biens des fantasmes, et faites bien attention, car cela est extrêmement compliqué. Vous êtes prêts ? Moi non.

Les partis politiques et autres généralités

La Corée du Nord a des partis politiques, ou tout du moins fait semblant d’en avoir. Le principal parti politique de Corée du Nord est le Parti du travail de Corée (PTC), parti unique qui contrôle tous les rouages de l’État. Ce parti hégémonique fait face au Parti social-démocrate de Corée (qui n’a rien à voir avec le SPD allemand) et Parti Chondogyo-Chong-u (un parti d’inspiration religieuse). Ces trois partis sont regroupés au sein du Front démocratique pour la réunification de la patrie, le véritable parti unique dominé par le PTC. Le PTC est dirigé par Kim Jong-un, confirmant l’adage comme quoi diriger le parti c’est diriger le pays. En dehors de cela, il n’existe aucun autre parti politique en Corée du Nord, hormis quelques organisations clandestines qui se battent contre le régime.

Les citoyens votent en Corée du Nord, et notamment pour élire leurs députés de l’Assemblée populaire suprême au suffrage universel. L’ensemble des candidats est choisi par le parti au pouvoir, et se déroule théoriquement à bulletin secret. En réalité si vous voulez barrer un candidat officiel, il faut aller dans un isoloir spécial, ce qui revient en quelque sorte à montrer à tout le monde que vous désapprouvez le régime, ce qui est plutôt risqué. De ce fait, les candidats ont souvent 100 % des voix, ainsi que 100 % de participations puisque les élections servent de recensement aux autorités qui vérifient dans chaque maison que les électeurs sont bien allés voter.

La Constitution actuellement en vigueur en Corée du Nord date de 1998, et a été précédée par des Constitutions en 1948, 1972, 1992 et 1998. Le texte a subi des modifications importantes en 2009 et en juin dernier, et vous pouvez d’ailleurs les trouver sur internet. Cette Constitution régit l’organisation institutionnelle du pays, les principes économiques, sociaux et culturels ainsi que les droits et devoirs de citoyens, par exemple l’article 67 qui dit que :

Le citoyen jouit des libertés d’expression, de presse, de réunion, de manifestation et d’association.

La Constitution affirme aussi de nombreuses autres libertés (liberté de religion, de vote, etc.), mais elle ne fait cependant aucune mention du communisme comme idéologie d’État. Le texte fondamental est d’autant plus paradoxal et semble d’autant moins respecté quand on connait la réalité de la situation dans le pays.

Le pouvoir législatif, ou l’assemblée qui fait de la figuration :

Le pouvoir législatif est détenu par l’Assemblée populaire suprême (APS), composée de 687 députés élus au suffrage universel pour un mandat de cinq ans. Elle est composée uniquement par les membres du Front démocratique pour la réunification de la patrie, comprenant en plus trois députés indépendants et six députés pour l’Association des Coréens résidant au Japon. Le président de cette assemblée est Choe Thae-bok. D’après la Constitution c’est « l’organe suprême du pouvoir de la République populaire démocratique de Corée », l’élément central du système. L’Assemblée a les traditionnels pouvoirs législatifs, en plus de pouvoir nommer et de révoquer les ministres et d’élire ou révoquer le président ou tout autre membre de la Commission des affaires de l’État. Elle dispose aussi du pouvoir d’amender la Constitution. Théoriquement, elle fonctionne comme n’importe quel autre organe législatif dans le monde.

En réalité, l’Assemblée populaire suprême ne se réunit que quelques jours par an, et uniquement pour valider les quelques décisions que veut bien lui soumettre le pouvoir exécutif. Jamais elle n’utilise ses compétences, se contentant de faire de la figuration. Mais comment diable le pouvoir législatif fonctionne-t-il le reste de l’année ? C’est le président du présidium de l’APS (le président de l’Assemblée et un comité restreint autour de lui) qui exerce tout seul le pouvoir législatif (avec le reste du présidium, mais bon, ils n’ont pas vraiment leur mot à dire). Cet homme est aujourd’hui Kim Yong-nam. D’ailleurs le président de ce présidium était jusqu’à récemment aussi le chef d’État, et de ce fait, un homme clé dans le régime.

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On sent la bonne ambiance du présidium.

Le pouvoir exécutif, ou celui qui dirige sans se préoccuper du reste :

La Corée du Nord dispose d’un gouvernement dirigé par un Premier ministre responsable avec tous ses ministres devant l’Assemblée populaire suprême. Le poste de Premier ministre est actuellement détenu par Pak Pong-ju, élu par l’APS le 1er avril 2013. Le Premier ministre et son gouvernement, fonctionne comme un gouvernement classique, ni plus, ni moins, et il est d’ailleurs assez effacé. Le poste de président de la République n’existe pas en Corée du Nord.

En vrai, l’homme qui dirige tout dans le pays est Kim Jong-un, vous vous en doutiez. En effet, l’homme est le « Chef suprême de la République populaire démocratique de Corée », un titre qui vous rappelle sa place dans tout ce système. Mais surtout, notre cher Kim est le président de la Commission des affaires de l’État de la Corée du Nord (CAE), anciennement Comité de défense nationale. Cette récente Commission crée en juin 2016, dirige, par le biais de ses trois vice-présidents, l’armée, le parti et le gouvernement, consolidant le pouvoir absolu de Kim Jong-un sur le pays. L’ancien Comité de défense nationale était le sommet de la hiérarchie militaire et dirigeait donc l’Armée populaire de Corée, qui est déjà une institution en soi puisqu’elle compte plus d’un million de soldats et huit millions de réservistes. Bien que chargée en théorie de l’armée, cette institution s’occupait de toute la politique du pays, mettant en évidence la militarisation du régime. La CAE dirige toutes les affaires de l’État, c’est l’organe suprême qui fixe la politique du pays et qui domine toutes les autres, bien que son président soit élu par l’APS. C’est de cet organe que Kim Jong-un tire toute sa puissance, puisqu’aucune institution ne peut s’opposer à ses décisions. C’est un super-président, et il est de fait le chef de l’État. Son pouvoir sur le pays depuis cette révision constitutionnelle du 29 juin 2016 est absolu.

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Kim Jong-un et l’armée, main dans la main pour diriger la Corée du Nord.

Vous avez une migraine ?

Dans beaucoup de régimes, il y a souvent une différence entre la théorie et la pratique, entre une Constitution démocratique sur le papier et un autoritarisme marqué en vrai. Ce n’est pas le cas en Corée du Nord, où tout le pays est dominé par une seule commission du pouvoir exécutif, commission militarisée au possible. Cet agencement qui donne tout le pouvoir à un seul homme, sans qu’aucun contre-pouvoir ne soit prévu, explique en partie l’agressivité du pays. Si un homme peut mener à bien toutes les décisions qu’il souhaite, qui plus est dans un régime où l’armée est une institution à elle seule, et sans que personne ne puisse s’opposer à ses décisions, il est logique de voir le comportement du pays envers ses voisins. Ainsi maintenant si vous souhaitez aller en Corée du Nord vous saurez à quoi vous attendre, et vous saurer que seul compte l’avis de Kim Jong-un, et que les autres institutions ne sont là que pour caser des cadres du parti en manque de reconnaissance.

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Un homme qui semble d’ailleurs passionné par son métier.

P.S: la Constitution actuellement en vigueur en Corée du Nord est ici : Constitution de 1998 (version de 2009).

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